à mettre en relation avec l'article Bioéthique : L'eugénisme

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L'eugénisme désigne la volonté d'améliorer l'espèce humaine. Ce souhait, qui existe depuis l'antiquité peut se traduire par une politique volontariste d'éradication des caractères jugés handicapants ou de favorisation des caractères jugés « bénéfiques ».

On peut distinguer l'eugénisme, pratique humaine, sociale et collective, de la préoccupation individuelle généralisée (chez l'homme et chez les animaux) d'assurer à ses enfants le « meilleur » co-reproducteur (quoi que « meilleur » puisse signifier : taille des cornes, couleurs des plumes, ou étendue du patrimoine ou de la culture, etc.), ainsi que de la pratique qui consiste à favoriser le plus prometteur de ses enfants. Ces stratégies ne se préoccupent pas du devenir de l'espèce humaine, mais seulement de l'avenir de ses propres enfants ou de sa famille. Néanmoins, les méthodes et les buts, une fois sommés sur l'ensemble des individus, sont bien les mêmes.

Geoffrey Miller, dans son livre The mating mind, explique même pourquoi l'adultère, chez les humains comme chez les animaux vivant théoriquement en couple, représente un élément essentiel d'amélioration d'une espèce.

L'eugénisme plus strict qui serait régi par une société pose de sérieuses questions éthiques car il implique une sélection portant nécessairement une part de subjectivité et une part de contrainte (ne serait-ce qu'envers des individus écartés, ou à l'égard des individus incités de se reproduire, voire de se reproduire avec telle personne et nulle autre).

En outre, l'histoire du XXe siècle a fourni des exemples de graves dérives morales associées aux politiques eugénistes.

Histoire du terme eugénisme
L'étymologie du mot « eugénisme » est grecque : eu (« bien ») et gennân (« engendrer »), ce qui signifie littéralement « bien naître ». La signification du terme eugénisme a évolué depuis sa première utilisation. Le terme eugénisme est dérivé du terme eugénique. Le terme (the eugenics) a été popularisé par le psychologue et physiologiste anglais, Francis Galton, cousin de Charles Darwin. Avant l'utilisation du terme eugenics, F. Galton a également utilisé le terme viriculture.

En 1883, Francis Galton (ne connaissant pas les travaux de Gregor Mendel sur la transmission des caractères héréditaires) écrivit un ouvrage utilisant pour la première fois le terme the eugenics. À l'époque, Galton ne faisait pas la distinction entre :

l'amélioration génétique des humains par sélection de caractères héréditaires jugés souhaitables et/ou élimination des caractères jugés indésirables et ;
l'amélioration des individus par des interventions portant sur leurs conditions de vie.
Cette absence de séparation nette entre aspect génétique et aspect social ne s'est dissipée que progressivement. En 1936, Julian Huxley définit l'eugénique comme l'ensemble des méthodes visant à améliorer les races humaines. Son objectif est de compenser sur le long terme l'effet antisélectif des systèmes sociaux comme politiques des pays développés. À cette époque, le terme d'eugénique semble avoir eu une définition beaucoup plus sociale que génétique. Voir Darwinisme social.

Le principe initial défini par Galton était directement en rapport avec l'enseignement et les travaux de Darwin, lui-même très influencé par Malthus. Les mécanismes de la sélection naturelle sont contrecarrés par la civilisation humaine. En effet, un des objectifs de la civilisation est d'une certaine façon d'aider les défavorisés, donc de s'opposer à la sélection naturelle qui entraînerait la disparition des plus faibles. Mathématiquement et si les conditions de survie restent identiques entre toutes les époques (c'est ce point qui est largement contestable), la perte d'efficacité liée à la protection de la civilisation pourrait entrainer une augmentation progressive du nombre d'individus inadaptés. Les partisans de l'eugénisme ont donc proposé des compensations de ces effets au sein des sociétés dites évoluées.

Les principes de l'eugénisme sont posés sur cette conception de base : compenser la perte des mécanismes de sélection naturelle. Cette conception a inspiré plusieurs philosophies, théories et pratiques sociales.

Un humaniste comme Jean Rostand a mis en garde dans son ouvrage Pensées d'un biologiste contre le fait qu'une société qui prendrait sérieusement en mains la question de l'eugénisme pourrait bien s'assurer un avantage décisif sur les autres.


Interprétations de l'eugénisme
La conception darwinienne n'a pas été reçue de la même façon dans tous les pays. Ainsi la France, par exemple, est restée longtemps réticente aux idées darwiniennes car marquée par le lamarckisme et influencée par la position de l'Église Catholique.

La théorie de Lamarck est réfutée depuis la découverte de la génétique. Il est cependant intéressant de la rappeler :

pour Lamarck, le moteur de l'évolution reposait surtout sur l'hérédité de caractères acquis, favorisant la descendance d'individus ayant fait l'effort de s'adapter. Selon Lamarck, l'amélioration des races humaines passe par conséquent par l'amélioration des conditions de vie, de façon à ce que la modification de son environnement améliore à terme la qualité de l'homme futur. Cet eugénisme là - qui fut aussi raciste parfois - a constitué la position eugéniste dominante en France, ainsi qu'une incitation - hélas ici bien inutile, puisque les caractères acquis ne se transmettent pas - à la pratique du sport.
pour Darwin, le moteur de l'évolution reposait sur la sélection naturelle éliminant les individus les moins adaptés à la survie et ne favorisant que les plus aptes à la reproduction (y compris dans le fait de séduire un partenaire et de prendre soin de la progéniture) ; prudent, toutefois, Darwin expliqua aussi dans L'Origine des espèces que sa théorie restait compatible avec une éventuelle transmission de caractères acquis.



De bonnes intentions, des moyens discutables, un but incertain
Selon ses défenseurs l'eugénisme visait à assurer une humanité plus adaptée, donc en principe plus heureuse. Ce n'est donc pas sa fin en elle-même qui a été critiquable, mais bien souvent les moyens choisis. Si le diabète, l'hémophilie et d'autres maladies héréditaires venaient à être éliminées par thérapie génique, tout le monde en serait ravi ; cette forme d'eugénisme ne pose pas les difficultés de sa variante du XIXe et XXe siècles, périodes où les moyens utilisés avaient dépassé les bornes autorisées par nos propres valeurs .

Mais quid de l'orientation à choisir, même par des moyens licites ?

Au XVIIIe siècle, on aurait pu vouloir favoriser l'émergence d'hommes robustes capables surtout d'une grande endurance pour devenir portefaix ou travailleurs de force. Au XIXe, la machine à vapeur avait déjà commencé à faire à ce type d'hommes une concurrence si bon marché qu'elle les transforma progressivement en chômeurs : ils étaient déjà sur ce point devenus non-concurrentiels et condamnés à se reconvertir ou à mourir de faim. L'eugénisme aurait ici augmenté le nombre des inadaptés.
Le XIXe siècle aurait favorisé sans doute l'apparition d'un autre type d'humain : l'employé aux écritures à la mode de Dickens, capable d'additionner douze heures par jour de longues colonnes de chiffres sans se fatiguer ni se tromper. Quel emploi la deuxième moitié du XXe siècle, où un ordinateur faisait le même travail pour juste quelques centimes et en un temps bien plus court, aurait-elle pu trouver pour un type d'homme n'ayant que ces qualités-là à offrir ? L'eugénisme aurait là encore augmenté le nombre des inadaptés.
Et dans les deux cas en moins de six générations.

« Nous devons éviter que nos jolis objectifs deviennent les geôliers de nos enfants », disait Myron Tribus (« We should ensure that our goals do not become their gaols », avec un jeu de mots entre goals/buts et gaols/geoles ).

Bien plus que les moyens employés, qui peuvent dans certains cas être irréprochables, c'est probablement là que se trouve la principale impasse de l'eugénisme. Même lorsque celui-ci s'attache à autre chose qu'à la simple élimination - en observant une stricte éthique - des maladies héréditaires. Car, dans certains cas particuliers, ce qui est une maladie peut être, aussi, un facteur de survie : que l'on repense par exemple à la célèbre anémie falciforme, maladie héréditaire qui permet de résister au paludisme.

La variété et le nombre (la biodiversité) représentent autant d'opportunités possibles d'adaptation des systèmes vivants à des conditions futures inconnues, et donc à la survie de l'espèce. L'élimination systèmatique de tous les caractères jugés handicapants ou superflus à un moment donné pourrait parfaitement abréger la durée de vie d'une lignée... Les sélectionneurs de races animales, qui le savent, prennent soin de conserver (sous forme de paillettes de sperme congelées, par exemple, ou sous forme d'information : c'est l'un des enjeux du séquençage génétique) les caractères que par ailleurs ils éliminent dans les animaux de production. Ils savent qu'un demi-siècle peut s'intéresser à la seule quantité, et par exemple le demi-siècle suivant au contraire à des qualités gustatives, etc.

Mais grâce à cet exemple, on peut considérer qu'il suffirait de conserver certains caractères, tout en les supprimant de l'humanité présente, pour les réintroduire à l'avenir si le besoin s'en faisait sentir. Une telle pratique eugénique permettrait à l'humanité de maîtriser son adaptabilité et son évolution. Les auteurs de science-fiction et de politique-fiction sinterrogent néanmoins sur le sens que les eugénistes donnent au mot « bénéfique » : pour les individus, ou simplement pour l'État ? (voir Le meilleur des mondes).





Position de différents pays sur l'eugénisme

Droits Français
La question de l'eugénisme est traité par le code pénal, dans le Sous-titre II du Titre I du Livre II, intitulée « Des crimes contre l'espèce humaine » :

Article L 214-1 : « Le fait de mettre en ½uvre une pratique eugénique tendant à l'organisation de la sélection des personnes est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d'amende ».
Article L 214-3 : « Cette peine est portée à la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises en bande organisée »
À l'Assemblée nationale, le scrutin n°167 sur l'ensemble du projet de loi relatif à la bioéthique, a été adopté avec modifications en deuxième lecture séance du mardi 8 juin 2004 (310 votants, 304 suffrages exprimés, 187 pour, 117 contre).

Cependant, aussi claire qu'elle paraisse, la position française est en pratique bien plus ambigüe, si on considère les obligations de dépistage (visites prénatales obligatoires) et les facilités légales ainsi que l'encouragement à l'avortement lorsque l'enfant à naitre présente des malformations : il s'agit manifestement de pratiques eugénistes, qui ne posent pas de problèmes sociaux.


Position des pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques
Stérilisations forcées en Suède, en Suisse et aux États-Unis pendant l'entre-deux-guerres. La plupart des pays protestants furent touchés, à l'exception de la Grande-Bretagne, où cependant Herbert George Wells et Winston Churchill déploraient que la politique eugénisme ne soit pas développée (cette controverse est rapportée dans le livre de Matt Ridley : Génome.


En Asie

Des pays comme la Chine ou Singapour ont lancé depuis le milieu des années 1990 une politique d'eugénisme franchement affirmé visant à favoriser les naissances dans les milieux urbains aisés et à les limiter dans les milieux ruraux défavorisés. Les experts locaux ont précisé que « des « ressources humaines de qualité » étaient nécessaires à la modernisation du pays mais que les tendances présentes laissaient présager une « qualité de population moindre »[1] ».

Position de l'Église Catholique
L'Église Catholique s'opposant fermement à toute forme d'eugénisme, celui-ci n'affecta pas les pays latins. Son souci d'améliorer la morale humaine contre l'animalité, peut à la rigueur être considéré comme une forme d'encouragement des meilleurs représentants de l'humanité selon elle (« le sel de la terre »), et certainement à terme comme une force de transformation cette fois-ci mentale, pour le meilleur (Mère Teresa, Soeur Emmanuelle, l'Abbé Pierre...) ou pour le pire selon Friedrich Nietzsche ou, dans un autre genre, Adolf Hitler.

Pour plus de détails sur sa position, voir les liens externes.


Le cas de l'eugénisme nazi

Jusqu'en 1933, l'eugénisme était considérée comme une technique de l'arsenal scientifique. Il s'agissait d'améliorer telle ou telles souches humaines à travers le contrôle de la reproduction. À travers l'eugénisme, les scientifiques espéraient éliminer les pathologies héréditaires (on parle d'eugénisme médical) ainsi que les déviances sociales qui pourraient avoir une origine héréditaire, par exemple la criminalité là où celle-ci se révèlerait congénitale.

Une politique eugéniste particulière propre à l'Allemagne nazie s'est mise en place dès 1933. Elle consistait

d'une part à favoriser la fécondité des humains considérés comme supérieurs (politique pro-nataliste, soutien familial, pouponnières...)
d'autre part à prévenir la reproduction des humains considérés comme inférieurs ou eugéniquement non désirables (les criminels...).

L'Allemagne a cherché à lutter contre l'avortement pour les femmes considérées comme supérieures, alors que dans le même temps la circulaire secrète de 1934 autorisait l'avortement pour les femmes devant être ultérieurement stérilisées. Le décret secret de 1940 a été plus loin en rendant obligatoire l'avortement pour les femmes « inférieures ». 200 000 femmes furent ainsi stérilisées jusqu'en 1945.

Un autre exemple est celui de l'homosexualité, considérée par cette mouvance comme une maladie. L'Allemagne eugéniste proposait aux homosexuels le choix entre la castration volontaire ou la mise en camps de concentration.

En 1952, la prude Angleterre ne traita pas beaucoup mieux le mathématicien Alan Turing

Avant même l'arrivée d'Hitler au pouvoir, une majorité de scientifiques et d'hommes politiques étaient favorables à l'eugénisme. La loi de 1934 portant sur la stérilisation eugénique s'est mise en place à l'aide de la participation active du docteur Gütt (médecin haut fonctionnaire), de Falk Ruttke (juriste) et Ernst Rüdin (psychiatre génétique suisse). Cette loi impose la stérilisation obligatoire pour les malades atteint de neuf maladies considérées comme héréditaires ou congénitales (cécité, alcoolémie, schizophrénie...). On estime que 400 000 Allemands ont été stérilisés entre 1934 et 1945. Ces stérilisations ont fait l'objet d'un quasi consensus dans la communauté médicale allemande.

D'autres pratiques, hors cadre légal, ont été utilisées pour éliminer les personnes indésirables, camps de concentration pour les alcooliques, criminels, délinquants, asociaux divers, castration des criminels sexuels et homosexuels, stérilisation des enfants métis nés de mères allemandes et pères africains, nord africains, indochinois de l'armée d'occupation française, extermination des tziganes et des juifs.

L'eugénisme allemand et ses variantes suédoise et étatsunienne n'étaient pas des actes isolés de pervers, mais au contraire le résultat d'une politique d'élimination systématique, basée sur des techniques « scientifiques », et organisée par l'administration.

Il est également intéressant de noter que cette forme d'eugénisme avait remis en avant une notion déjà considérée mythique : celle de « race aryenne » ; les anthropologues de l'époque parlaient plutôt de race nordique ou de race alpine.


Quelques positions

Platon
Platon, dans La République, décrit une politique destinée à éviter qu'une union se fasse au hasard dans la cité.

« Former des unions au hasard (...) serait une impiété dans une cité heureuse. (...) Il est donc évident qu'après cela nous ferons des mariages aussi sains qu'il sera en notre pouvoir ; or les plus sains seront aussi les plus avantageux. (...)
Quant aux jeunes gens qui se seront signalés à la guerre ou ailleurs, nous leur accorderons, entre autres privilèges et récompenses, une plus large liberté de s'unir aux femmes »


Aristote
« Passons au problème des enfants qui, à leur naissance, doivent être ou exposés [= sacrifiés] ou élevés : qu'une loi défende d'élever aucun enfant difforme. Mais, dans les cas d'accroissement excessif des naissances (comme le niveau des m½urs s'oppose à l'exposition de tout nouveau-né), une limite numérique doit dès lors être fixée à la procréation, et si des couples deviennent féconds au-delà de la limite légale, l'avortement sera pratiqué avant que vie et sensibilité surviennent dans l'embryon. »

Charles Darwin
« Nous autres hommes civilisés, au contraire [des sauvages], faisons tout notre possible pour mettre un frein au processus de l'élimination ; nous construisons des asiles pour les idiots, les estropiés et les malades ; nous instituons des lois sur les pauvres ; et nos médecins déploient toute leur habileté pour conserver la vie de chacun jusqu'au dernier moment. [...] Ainsi, les membres faibles des sociétés civilisées propagent leur nature. Il n'est personne qui, s'étant occupé de la reproduction des animaux domestiques, doutera que cela doive être hautement nuisible pour la race de l'homme [...].
Nous devons par conséquent supporter les effets indubitablement mauvais de la survie des plus faibles et de la propagation de leur nature ; mais il apparaît ici qu'il y a au moins un frein à cette action régulière, à savoir que les membres faibles et inférieurs de la société ne se marient pas aussi librement que les sains ; et ce frein pourrait être indéfiniment renforcé par l'abstention du mariage des faibles de corps et d'esprit, bien que cela soit plus à espérer qu'à attendre »


Friedrich Nietzsche
Il n'y a pas à proprement parler d'eugénisme chez Nietzsche : il ne s'agit pas en effet d'améliorer une race ou l'espèce humaine, en s'appuyant sur des critères biologiques, mais de considérer l'humanité dans son ensemble, en tant que devenir historique et culturel de valeurs plus ou moins bénéfiques. Or, l'humanité elle-même n'est pas à améliorer : elle est une fin, et en tant que telle elle peut être surmontée par l'action de quelques personnes (le sur-humain n'est donc pas un humain amélioré, mais un type différent). Ainsi, l'humanité, incarnant les valeurs morales grégaires qui dominent au détriment de l'individu, demeure un rassemblement d'hommes moyens, à côté duquel peuvent exister des hommes qui tentent en eux-mêmes de créer un type nouveau et supérieur (une « race » nouvelle, dans le sens d'une communauté de Volonté de puissance), c'est-à-dire à devenir les artistes de la culture, ce qui ne va pas sans sacrifices, qu'il s'agisse de soi ou des autres. Ces hommes supérieurs devraient alors former une caste à part, mais ne correspondent à aucun critère biologique, ni même sociologique, car tout doit être évalué selon l'assentiment que l'on donne à la vie (on l'affirme ou on la nie). Ces essais de création devraient alors aboutir, à très long terme, à instaurer un type de sélection fondée sur des notions telles que l'Eternel Retour, et qui s'opposerait à la sélection actuelle qui favorise le ressentiment et la médiocrité et laisse l'histoire humaine au main du hasard.

« L'objectif sera donc le suivant : constituer à l'échelle de l'humanité, les conditions qui ont permis l'apparition des Grands Hommes ; ne plus compter sur le « hasard », sur le fait que des « mémoires » spéciales, raffinées, sélectionnées de générations en générations, se sont « miraculeusement » condensées sur un seul ; tout au contraire, accumuler les forces, méthodiquement, scientifiquement, pour créer une autre « race » [...] Tout d'abord il ne faut pas craindre de se conduire comme l'évolution s'est elle-même conduite, c'est-à-dire tout essayer, tout tenter, produire des sortes de « prototypes » qu'on n'hésitera pas à jeter au rebut. L'évolution, dit-on, « bricole », et il ne faut pas hésiter à « bricoler » ; ou mieux encore on procèdera à la manière de l'artiste qui ne cesse de tâtonner, qui dessine ébauche sur ébauche avant de parvenir à une forme convenable. On essaiera donc de modeler l'homme en divers sens, pour tirer de lui ses diverses virtualités, le briser dès qu'un certain type a atteint son apogée, de travailler ainsi à construire et à détruire. » Volonté de puissance, IV, § 144, remarque : édition posthume et contestée de fragments de Nietzsche

Jean Rostand
Le biologiste et humaniste Jean Rostand a pris clairement, et à plusieurs reprises, position en faveur d'un eugénisme positif dans ses déclarations comme dans ses livres. Pour lui, le premier pays qui se préoccuperait sérieusement de la question prendrait sur les autres une avance décisive.

Il tempéra cependant ce propos en rappelant également quelques vérités d'importance :

« la civilisation de l'homme ne réside pas dans l'homme, elle est dans les bibliothèques, dans les musées et dans les codes »

(entendre par là les codes des lois et des m½urs et non le code génétique!).
« J'ai la faiblesse de penser que c'est l'honneur d'une société que d'assumer, que de vouloir ce luxe pesant que représente pour elle la charge des incurables, des inutiles et des incapables ; et je mesurerais presque son degré de civilisation à la quantité de peine et de vigilance qu'elle s'impose par pur respect de la vie... Quand l'habitude sera prise d'éliminer les monstres, de moindres tares feront figure de monstruosités. De la suppression de l'horrible à celle de l'indésirable, il n'y a qu'un pas... Cette société nettoyée, assainie, cette société sans déchets, sans bavures, où les normaux et les forts bénéficieraient de toutes les ressources qu'absorbent jusqu'ici les anormaux et les faibles, cette société renouerait avec Sparte et ravirait les disciples de Nietzsche, je ne suis pas sûr qu'elle mériterait encore d'être appelée une société humaine »

« Ce n'est pas dans des laboratoires ni des chaires que doivent sortir les décisions que réclament les eugénistes. Si elles doivent entrer en vigueur, elles émaneront de la conscience collective de cette vaste âme diffuse à laquelle chacun de nous participe »


Boris Vian
Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, Boris Vian écrivit un roman semé d'humour sur le thème de l'eugénisme : Et on tuera tous les affreux. L'épilogue en est paradoxal mais, tout bien considéré, conforme à la logique humaine.


James Watson
« Et si nous pouvions un jour améliorer ces gènes afin de mettre un terme à la mesquinerie et à la violence, en quoi notre humanité s'en trouverait-elle diminuée ? Le slogan promotionnel que les créateurs de Bienvenue à Gattaca avaient imaginé reprenait un des préjugés les plus profondément enracinés à l'encontre du savoir génétique : « Il n'y a pas de gènes pour l'esprit humain ». Le fait que tant de gens persistent à souhaiter qu'il en soit ainsi témoigne d'un aveuglement dangereux. Si la vérité que l'ADN a révélée pouvait être acceptée sans crainte, nous n'aurions plus lieu de désespérer du sort de ceux qui viendront. »


Stephen Hawking
« Il n'y a pas eu de changement significatif dans le génome humain au cours des dix mille dernières années. Mais il sera sans doute complètement remodelé dans le prochain millénaire. Bien sûr, beaucoup de gens diront que l'ingénierie génétique sur des êtres humains devrait être interdite. Mais j'ai quelques doutes sur la possibilité d'y parvenir. L'ingénierie génétique sur les plantes et les animaux sera autorisée pour des raisons économiques et quelqu'un essaiera de l'appliquer aux hommes. À moins d'avoir un ordre mondial totalitaire, quelqu'un forgera des humains améliorés quelque part. »

# Posté le mardi 04 avril 2006 14:53

Bioéthique

Bioéthique
Bioethique:

La bioéthique est une partie de l'éthique. En tant que telle, elle est une recherche de normes morales applicables à la recherche biologique et à tout ce qui concerne les manipulations techniques du vivant. Le terme « éthique » provient de êthos qui signifie en grec « manière d'être ».

Le développement extraordinaire des sciences et de leurs applications technologiques suscite , de nos jours, des interrogations nouvelles sur leurs utilisations et leurs implications éventuelles. Si les chercheurs scientifiques ne sont pas directement responsables de l'usage économique ou politique, ils le sont quand même indirectement. Sans eux, le bombardement d'Hiroshima, par exemple, ne se serait pas produit. D'où la nécessité d'une éthique de l'institution scientifique.

Le problème revêt une dimension particulière en biologie. D'une part parce que tout ce qui concerne la vie (et principalement celle des humains) a une importance spécifique. D'autre part, à cause de quelques applications inquiétantes dont l'histoire nous montre la possibilité . Il y a , de plus , une incertitude liée à l'incertitude liée à l'insuffisance des connaissances actuelles sur les processus génétiques. Cela explique l'originalité de la bioéthique, dans le cadre d'une exigence relative à toutes les sciences .


La bioéthique et les biotechnologies
La bioéthique est devenue un sujet d'actualité, suite aux manipulations génétiques effectuées sur les plantes alimentaires, au clonage et à l'utilisation d'embryons humains.

Les domaines couverts par la bioéthique sont par exemple :

l'expérimentation sur l'homme ;
le don et l'utilisation d'éléments et produits du corps humain ;
l'assistance médicale à la procréation et toutes les questions éthiques liées à l'amont de la naissance ;
la manipulation du génome ou des connaissances du génome ;
l'utilisation des donnés de santé à caractère personnel dans la recherche.

Techniques de procréation assistées
La procréation médicale assistée a été l'un des premiers objets de réflexion de la bioéthique, à cause de son potentiel de dérives eugénistes. Ainsi, en France, le Comité consultatif d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) a été crée après la première naissance par fivete en 1982. Les principales questions soulevées par les possibilités qu'offrent les dernières technologies (diagnostics préimplantatoire et prénatal, clonage reproductif, création de cellules-souches embryonnaires, diagnostic préimplantatoire, utilisation des embryons surnuméraires) concernent tout particulièrement le statut de l'embryon et la dignité de la vie humaine.


Génie génétique
Si la transgénèse pose le problème de la bioéthique, les réactions les plus fréquentes face au génie génétique sont largement fonction de l'objectif final, plus que de l'organisme concerné, tout du moins lorsque cet organisme n'est pas d'origine humaine.

Ainsi, le génie génétique ayant des buts médicaux et pharmaceutiques (fabrication de vaccins, thérapie génique, diagnostic prénatal) est-il mieux perçu que les manipulations ayant des buts alimentaires ou ludiques (OGM, clonage d'animaux familiers) qui soulèvent beaucoup plus de problèmes.

Le développement de la génétique est si rapide que la plupart des mutations à l'origine d'affections monogéniques sont connues, et il est probable qu'on connaîtra rapidement un très grand nombre de gènes de prédisposition à d'autres maladies. Il faut donc s'attendre a l'apparition de tests de prédisposition génétiques pour un nombre de plus en plus grand de maladies. Si ces tests sont des alliés précieux en matière de santé publique et de préventions des risques, il font craindre l'apparition de discriminations, par exemple pour l'accès à l'assurance ou au marché du travail. Le film d'anticipation Bienvenue à Gattaca illustre les méfaits d'une telle dérive sociale.

Les manipulations humaines (profil génétique, clonage reproductif, amélioration) sont de plus en plus débattues par la communauté scientifique.


Dons d'organes
Face au progrès de la transplantation, le législateur a du définir comment la pénurie d'organes doit être gérée. Une autre problématique importante est le don d'organes entre donneurs vivants.

Le don de cellules souches et le clonage thérapeutique sont également sujets à controverses.


Brevetage du vivant

Le problème du brevetage du vivant consiste à savoir si une séquence de gènes est brevetable et si les applications de sa découverte, médicaments, tests, etc, le sont également. C'est un enjeu de première importance pour les entreprises qui ont investi des sommes d'argent considérables dans le décodage du génôme humain, mais également pour les éventuels progrès de la connaissance induits par la découverte de ces gènes. En outre, la question des brevets de médicaments pose le problème de l'accès au soin pour les plus pauvres. Une législation mal adaptée pourrait conduire à la biopiraterie.


Biotechnologies et législation

Les attitudes face au débat de la bioéthique sont très variées : certains n'y percevant pas le moindre enjeu moral, dès lors que la sécurité de l'espèce humaine est assurée ; d'autres percevant les évolutions actuelles comme une ultime transgression vis-à-vis de la nature humaine.

Sur le plan politique, il s'agit d'arbitrer et de contrôler la recherche sur le vivant et l'exploitation commerciale de ses résultats. Le but de ce contrôle est de s'assurer que les pratiques induites par ces avancées technologiques resteront moralement acceptables par la société.

En pratique il est très difficile de restreindre la recherche par la loi : rien n'empêche une équipe à s'installer dans un pays plus permissif. Le risque pour les pays prohibitionnistes étant de perdre des compétences dans des technologies intéressant leur avenir. C'est un argument mis en avant par les partisans des OGM qui agitent le spectre d'un retard technologique de l'Europe dans ce domaine. Ce risque est d'autant plus grand que le jeu des brevets peut verrouiller des pans entiers de la recherche.


Bioéthique et nature
La bioéthique pose également la question de la relation de l'homme avec la nature, et de la maîtrise croissante de l'homme sur son environnement. Il faut dire d'emblée que l'appropriation même du concept de nature est déjà un phénomène des plus révélateurs du dogmatisme que soulève les questions qui préoccupent la bioéthique. En effet, chaque secte s'abroge le droit de dicter ce qui est Bien et de dénoncer ce qui est Mal, parce qu'elle se croit l'unique détentrice du véritable sens de la nature. Ce que dévoile cette prétention, c'est que la notion de nature sert à regrouper l'ensemble des préceptes moraux sous cette appellation dont les sectes recourent - à leur insu ou consciemment - pour imposer leur croyances comme des vérités. Celui qui veut aborder les problèmes de la bioéthique avec rigueur doit tenir compte de cette particularité de la langue, sans quoi il colportera ses propres préjugés dans un domaine qui tente justement d'en sortir pour mieux éclairer la pratique sur le vivant.

Voici d'autres remarques sur la même thématique

Des ouvrages tels que la Bible ou le Coran ne fixent pas de limites morales quant au comportement que l'homme devrait adopter face aux autres espèces.


Gn 2:15- Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder.
Aujourd'hui, l'homme aurait acquis le pouvoir technique de créer du nouveau dans la nature et dans l'espèce humaine. Ce pouvoir direct des individus sur le génome, pour satisfaire leurs intérêts, est un mécanisme entèrement nouveau dans l'évolution de la vie telle que nous la connaissons (Théories de l'évolution).La question se pose des bénéfices et des risques impliqués.

Il est difficile de définir les règles morales reliant l'homme et les autres espèces vivantes. Certaines personnes perçoivent la vivisection comme moralement inacceptable. Mais d'autres activités (xénogreffes) sont encore peu évoquées.

De nombreuses personnes, redoutent une appropriation de la nature par l'homme et réclament la (re)définition des règles morales actuelles.

La vision la plus traditionnaliste demeure assez anthropocentriste et pose comme exigence la minimisation de l'impact de l'homme sur son environnement, de façon à pouvoir le conserver intact et propre à la vie humaine. Cette vue est celle couramment suivie en France.

Une vision différente cherche à replacer l'homme au sein de la biosphère. Elle repose sur le concept d'écologie profonde et soutient que l'homme n'a pas plus de droits que les autres espèces vivantes et doit respecter la nature, fut-ce à ses dépens. Il est à noter cependant, que les activités du vivant contribuent à modifier son environnement, comme l'ont fait par exemple, les premières plantes qui ont colonisé la planète, en modifiant la composition de l'atmosphère terrestre par leurs rejets d'oxygène et de dioxyde de carbone.

La science en elle-même n'a pas pour tâche de définir les valeurs humaines. Elle doit donc être confrontée aux autres sciences, et l'homme doit aborder la question du sens et des conséquences des progrès scientifiques. La bioéthique est la recherche des réponses à ces questions ; en cherchant à définir les frontières du possible et du légitime, elle demeure dans la tradition des réflexions éthiques de notre passé.



EN CONSTRUCTION


ACTUALITES:
Le ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées, Jean-François Mattei, a présenté lors d'une conférence de presse au ministère, mardi 21 janvier 2003, les amendements que le Gouvernement entend apporter aux lois de bioéthique.

La révision des lois de bioéthique : une nécessité prévue par le législateur

Depuis 1994, la France s'est dotée d'un arsenal législatif connu sous le nom de lois de bioéthique. Ces lois permettent d'encadrer les pratiques de recherche et d'application des sciences et technologies portant sur le vivant.

"La médecine de la reproduction, de la génétique et du don d'organes" sont ainsi concernées comme l'a souligné le ministre de la Santé. Les lois adoptées en 1994 prévoyaient une révision des textes afin d'accorder l'évolution du droit à "l'évolution rapide de la connaissance et des possibilités techniques dans le domaine de la biomédecine", notamment.

Un premier projet de révision de ces lois, préparé en 2001 par le précédent gouvernement, a été adopté en première lecture à l'Assemblée nationale, le 22 janvier 2002.

"En raison du caractère consensuel de bon nombre des dispositions ", le Gouvernement a souhaité poursuivre le travail législatif à partir de ce texte. Comme l'a souligné Jean-François Mattei, il a cependant introduit un certain nombre de modifications dans les domaines suivants :


la greffe et du don d'organe ;

l'assistance médicale à la procréation ;

la recherche sur l'embryon et sur les cellules souches embryonnaires ;

le clonage ;

la brevetabilité du génome ;

l'agence de biomédecine.

Le texte sera examiné par le Sénat les 28, 29, et 30 janvier prochains.

Les propositions du Gouvernement

En matière de greffe et don d'organe, le Gouvernement souhaite améliorer le dispositif existant. Il s'agit notamment de :

mettre en place une information systématique des jeunes de 16 à 25 ans, sur les modalités du don d'organe à des fins de greffe. Cette information sera faite, en priorité, par le corps médical. Il s'agit de sensibiliser la population sur les enjeux du don d'organe, et de faciliter la mise en valeur de la volonté du défunt en cas de décès.

éclaircir les modalités de dons entre un donneur vivant volontaire et une personne en attente d'un greffon. Le Gouvernement souhaite en effet conforter les propositions de l'Assemblée nationale pour "'élargir le champ des donneurs vivants ayant un lien stable et étroit" avec le receveur. Il souhaite cependant préciser les modalités de consentement et les liens de parenté en jeu.

En matière d'assistance médicale à la procréation (AMP), l'intérêt primordial de l'enfant sera le fil d'Ariane de l'action du Gouvernement. Les dispositions prévues par le projet de loi adopté par les députés sont majoritairement reprises dans ce domaine. Deux amendements sont par ailleurs proposés :

l'interdiction de transférer, un embryon dont le père est décédé au moment de son implantation dans l'utérus de la mère. Il s'agit de répondre en amont aux difficultés éthiques, psychologiques et juridiques posées par le "fait de mettre au monde de façon consciente un orphelin".

imposer la nécessité de faire la preuve d'une vie commune préalable de deux ans minimum pour les couples non mariés désireux d'avoir recours à l'AMP. Il s'agit de s'assurer de la solidité du couple et de son projet parental.

En matière de recherche sur l'embryon humain et les cellules embryonnaires, le Gouvernement souhaite strictement encadrer les pratiques. Il propose d'autoriser la recherche pour une période de 5 ans, en spécifiant des conditions strictes en terme d'objectif et de méthode. Ainsi, la recherche n'est autorisée que si :

aucune autre méthode alternative d'efficacité comparable n'est possible pour mener l'expérimentation ;

cette recherche a pour objet de permettre la réalisation de "progrès thérapeutiques majeurs".

La création spécifique d'embryons humains aux seules fins de cette recherche est strictement exclue.

En matière de clonage Jean-François Mattei a strictement condamné le "clonage reproductif" qu'il a qualifié de " crime contre l'espèce humaine". Le Gouvernement propose donc une incrimination pénale exceptionnelle de cette "reproduction asexuée de l'homme" qui équivaut à " une négation de la différence et de l'altérité". La transgression de cette interdiction sera punie de 20 ans de réclusion criminelle. Le Gouvernement souhaite d'ailleurs mettre en oeuvre une "

quasi imprescriptibilité et une extraterritorialité "
de la qualification de ce crime.

Le clonage thérapeutique est également exclu par l'interdiction de création d'embryon à des fins de recherche. Le Gouvernement refuse ainsi "les risques induits " par cette technologie : la création d'un marché de l'ovule et l'ouverture de brèches favorables au clonage reproductif.

En ce qui concerne la brevetabilité du génome, et dans le même esprit de protection du corps humain face à une marchandisation possible, le Gouvernement souhaite affirmer notamment le caractère non brevetable :


"des inventions dont l'exploitation serait contraire à la dignité de la personne humaine, à l'ordre public ou aux bonnes moeurs ;

des séquences totales ou partielles d'un gène en tant que telles."

Enfin, pour permettre la veille et l'évaluation des protocoles mettant en jeu des questions de bioéthique, le Gouvernement envisage la création d'une agence de la biomédecine. Outre ses fonctions de conseil, cette agence pourrait être amenée à prendre des décisions. Comme l'a souligné Jean-François Mattei, elle pourra notamment intervenir dans les domaines relatifs "aux médicaments, aux dispositifs médicaux, au sang, aux organes et aux tissus, à l'assistance médicale à la procréation, à la médecine embryonnaire et à la génétique humaine."

# Posté le mardi 04 avril 2006 14:35